Politics

Sénat : Patrice Talon élu Président, Louis Vlavonou Vice-Président

Par John GBENAGNON, Président du Conseil d’Administration de African Meridian

African Meridian, 6 août 2026

Le jeudi 6 août 2026, le Sénat béninois a élu les dirigeants de sa première mandature. Réunis au Palais des Gouverneurs, à Porto-Novo, les sénateurs ont porté Patrice Talon à la présidence de la chambre haute et Louis Vlavonou à la vice-présidence. Alassane Séidou a été désigné rapporteur. L’élection, intervenue après la validation du règlement intérieur par la Cour constitutionnelle, marque l’installation effective de la nouvelle chambre du Parlement.

L’ancien chef de l’État occupe désormais le troisième rang protocolaire de la République, derrière le président Romuald Wadagni et la vice-présidente de la République, et devant le président de l’Assemblée nationale.

Le Bureau vient clore un processus engagé une semaine plus tôt. Le 30 juillet, les membres avaient été installés à Porto-Novo sous la présidence d’Élisabeth Pognon, ancienne présidente de la Cour constitutionnelle, qui remplaçait le doyen d’âge Nicéphore Soglo, retenu à l’étranger pour raisons de santé. Cette séance avait installé les sénateurs et adopté leur règlement intérieur, sans désigner les dirigeants de la chambre. C’est désormais chose faite.

Le Sénat est issu de la loi n° 2025-20 du 17 décembre 2025, qui a mis fin à trente-cinq années de monocamérisme en dotant le Bénin d’un Parlement à deux chambres. Ses vingt-cinq membres n’ont pas été élus au suffrage direct : ils se répartissent entre membres de droit et membres nommés.

Le choix des deux premiers postes n’était d’ailleurs pas libre. L’article 113-5 de la Constitution révisée réserve l’élection du président et du vice-président aux membres de droit du Sénat. Ce groupe réunit les anciens présidents de la République, Nicéphore Soglo, Boni Yayi et Patrice Talon, ainsi que les anciens présidents élus de l’Assemblée nationale ayant exercé au moins la moitié de leur mandat, catégorie dont relève Louis Vlavonou au titre de l’article 113-3. Les sénateurs ont donc placé à la présidence un ancien chef de l’État et à la vice-présidence un ancien président de la chambre basse.

La vice-présidence de Louis Vlavonou a une résonance particulière sur les terres du Plateau. Né à Ifangni, douanier de carrière, il est entré à l’Assemblée nationale en 2003 et l’a présidée de mai 2019 à juillet 2026. Le voir accéder à la vice-présidence de l’institution naissante prolonge un parcours de plus de vingt ans au service de l’État. Pour une commune rurale du département du Plateau, l’accès de l’un de ses fils au Bureau du Sénat n’est pas un simple point de protocole mais une fierté nationale et générationnelle.

Reste à mesurer ce que cette chambre est appelée à faire. Le Sénat béninois n’a pas les mêmes attributions que l’Assemblée nationale. L’article 113-1 lui confie la régulation de la vie politique, pour la sauvegarde des acquis de l’unité nationale et de la stabilité de l’État. Il veille au respect de la trêve politique prévue par l’article 5-1, sous laquelle le gouvernement et les partis peuvent conclure un Pacte de responsabilité républicaine. La chambre exerce aussi une compétence législative précise : l’article 113-2 la charge de rendre un avis de non-objection, avant promulgation, sur les lois constitutionnelles, les lois électorales et les textes qui organisent la vie des partis. Une objection requiert une majorité des deux tiers et doit être notifiée au chef de l’État dans les trente jours. Passé ce délai, le silence vaut acceptation. Le Sénat peut par ailleurs demander une seconde délibération des lois votées par les députés, sauf en matière de lois de finances.

Le fait qu’un ancien président de la République prenne la tête d’un organe chargé de veiller aux mœurs politiques et à la continuité de l’État marque une étape peu commune de la vie institutionnelle béninoise. Trois anciens chefs de l’État siègent désormais dans la même enceinte, et c’est le dernier sorti du palais qui la préside. L’institution reste cependant critiquée. Boni Yayi, qui s’était opposé à la réforme, a finalement accepté de siéger en indiquant vouloir porter les positions de son camp à l’intérieur de la chambre. Les Démocrates maintiennent leur objection de principe : une assemblée dont aucun membre n’est issu du suffrage direct peut difficilement, selon eux, se poser en régulateur de la vie démocratique.

Le Sénat a maintenant ses dirigeants et son cadre constitutionnel. Il lui reste à trouver sa place dans le jeu institutionnel béninois. Son travail se jugera sur les avis qu’il rendra et sur sa capacité à faire respecter la trêve politique sans étouffer le débat.

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Journalist, The African Meridian.

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