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URGENCE ÉCOLOGIQUE: Le Sénégal face à ses démons environnementaux

Forêts qui reculent, air irrespirable dans la capitale, pêcheurs à genoux, robinets encore secs dans certaines régions. Le Sénégal doit aujourd'hui composer avec un chantier environnemental d'une ampleur considérable. Entre urgence climatique et pression démographique, le pays tente de trouver la parade, à coups de plans stratégiques et de grands projets d'infrastructure.

URGENCE ÉCOLOGIQUE: Le Sénégal  face à ses démons environnementaux

Forêts qui reculent, air irrespirable dans la capitale, pêcheurs à genoux, robinets encore secs dans certaines régions : le Sénégal doit aujourd’hui composer avec un chantier environnemental d’une ampleur considérable. Entre urgence climatique et pression démographique, le pays tente de trouver la parade, à coups de plans stratégiques et de grands projets d’infrastructure.

Le premier signal d’alerte concerne le couvert forestier. Selon les chiffres du ministère de l’Environnement, le Sénégal perd chaque année environ 11 536 hectares de forêts, sous l’effet conjugué du changement climatique et des activités humaines. Une dégradation continue des ressources naturelles, marquée aussi par la raréfaction du couvert végétal et la perte de biodiversité, impose désormais une réponse stratégique jugée urgente par les autorités elles-mêmes.

Mais la dégradation environnementale ne se limite pas aux zones rurales. Dans les villes, et particulièrement à Dakar, la pollution de l’air, la gestion des déchets et la pollution de l’eau figurent parmi les principales préoccupations des citoyens. Un sondage réalisé par Afrobaromètre révèle que plus de huit Sénégalais sur dix considèrent les sacs plastiques comme une source majeure de pollution. Une majorité des répondants estime en outre que les citoyens ordinaires sont les premiers responsables de la propreté de leur communauté, même si près d’un quart d’entre eux renvoient cette responsabilité au gouvernement national. Sur ce terrain, l’action publique est loin de convaincre : 56 % des personnes interrogées désapprouvent la performance de l’État en matière de réduction de la pollution, et 88 % estiment qu’il devrait en faire « un peu plus », voire « beaucoup plus ».

L’essor des activités extractives ajoute une nouvelle couche de complexité à ce tableau. Une étude récente révèle que le développement des projets miniers et pétro-gaziers aggrave la dégradation des écosystèmes marins et terrestres, accentue la déforestation et accroît la vulnérabilité climatique du pays. Les communautés côtières en paient le prix fort : les pêcheurs artisanaux enregistrent une baisse pouvant atteindre 50 % de leurs activités, tout en faisant face à une hausse de leurs coûts d’exploitation. Certains habitants et organismes communautaires rapportent même des cas de pollution ayant entraîné des décès et des problèmes de santé chez les nourrissons. Face à ces constats, la société civile et plusieurs experts appellent à limiter l’expansion des énergies fossiles et à accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, pour une transition énergétique plus juste.

L’accès à l’eau constitue un autre chantier majeur. Si des inégalités persistent entre les zones urbaines et rurales, plusieurs réformes d’ampleur sont en cours. Un vaste programme de forages doit permettre la réalisation de plus de cent nouveaux ouvrages et châteaux d’eau dans l’ensemble des régions du pays, hors Dakar, entre 2026 et 2027. Une enveloppe d’urgence de 11 milliards de francs CFA a également été débloquée pour remettre en service des forages à l’arrêt. Dans les zones urbaines, le Grand Transfert d’Eau reliant le lac de Guiers au triangle Dakar-Thiès-Mbour et Touba, ainsi que l’usine de dessalement de la Grande Côte, doivent renforcer durablement l’approvisionnement. Ces réformes, saluées à l’international, valent d’ailleurs au Sénégal de coprésider, aux côtés des Émirats arabes unis, la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026 à Abu Dhabi.

Reste enfin l’épineuse question du financement. Le nouveau ministre de l’Environnement, Aliou Gori Diouf, en a fait une priorité affichée dès sa prise de fonction, rappelant un chiffre qui résume à lui seul l’ampleur du défi : l’Afrique ne mobilise aujourd’hui que 10 % des financements climatiques mondiaux. Pour inverser cette tendance, le Sénégal ambitionne un meilleur accès aux fonds verts, aux crédits carbone et au futur mécanisme international de compensation des « pertes et dommages ». Un pari ambitieux, mais dont dépendra en grande partie la capacité du pays à faire face, dans la durée, à l’ensemble de ses fronts environnementaux.

M2A

Media 2026 Africa

Journalist, The African Meridian.

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