Skip to content
 
Culture

#BÉNIN Fierté de l’esprit Ubuntu et Umoja : Masques, Vodun, Héritage et Modernité

Le Festival des Masques, organisé à Porto-Novo les 25 et 26 juillet 2026, a célébré la richesse des traditions masquées du Bénin. Cet événement, qui a attiré une grande foule, a allié processions sacrées, concerts, et discussions scientifiques sur le thème des masques dans le cadre de l'art et de la culture. Plusieurs places ont été utilisées, chacune présentant différentes familles de masques. Le festival vise à positionner Porto-Novo comme une référence en arts masqués, tout en encourageant la redécouverte et la valorisation des traditions culturelles. En trois ans, il a construit une audience significative et a attiré des délégations internationales.

Porto-Novo, Bénin. African Meridian

Les 25 et 26 juillet 2026, Porto-Novo a accueilli la troisième édition du Festival des Masques. Deux jours de processions sacrées, de colloque international et de concerts qui confirment le Bénin dans son rôle de gardien et de passeur des patrimoines vivants africains.

En Afrique australe, on résume l’Ubuntu par une phrase que tout le continent reconnaît : je suis parce que nous sommes. Le Bénin ne prononce pas ce mot, mais il pratique cette idée depuis des siècles. Dans la pensée Vodun, aucun vivant ne tient debout seul. Il tient par ses ancêtres, par sa lignée, par le couvent qui l’a reçu, par la place du quartier où sa famille a des droits et des devoirs. Le masque est la forme visible de ce lien. Quand l’Egungun sort, ce n’est pas un homme déguisé qui traverse la ville, c’est la communauté entière qui vérifie qu’elle est toujours reliée à ses morts. Voilà pourquoi le Bénin pèse si lourd dans l’imaginaire africain et dans celui des diasporas d’Haïti, du Brésil et de Cuba : il a gardé vivante, quand tant d’autres l’ont perdue, la grammaire spirituelle qui fonde l’Ubuntu.

Deux jours où la capitale est devenue un théâtre à ciel ouvert

Sur la place Migan, la foule s’écarte d’instinct quelques secondes avant que la silhouette n’apparaisse. Une masse d’étoffes chatoyantes tourne sur elle-même, se déploie, avance sans qu’on distingue jamais de pieds. L’Egungun est là. Des enfants reculent en riant, des téléphones se lèvent, un vieil homme reste immobile, les mains jointes. La fête et la déférence se sont côtoyées ainsi tout au long du week-end.

Pour sa troisième édition, l’événement porté par Bénin Tourisme, en partenariat avec la Ville de Porto-Novo, a transformé la capitale en un vaste théâtre à ciel ouvert. Cinq places historiques mobilisées, un village festif installé sur le boulevard lagunaire, un colloque scientifique international à l’École du Patrimoine Africain, une grande soirée urbaine en clôture. La programmation, entièrement gratuite et ouverte à tous, a été conçue comme une immersion progressive, du plus sacré au plus populaire.

Chaque place avait sa famille de masques, et chaque famille sa manière d’occuper l’espace. Place Lokossa, les Zangbéto, gardiens de nuit de la tradition Gun, ont tourné pendant huit heures dans un ballet hypnotique de paille tressée. Place Migan, les Egungun ont imposé leur autorité silencieuse. Place Abessan, les Guèlèdè, dont le patrimoine oral est inscrit par l’UNESCO sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, ont partagé l’espace avec les Gounouko. La place Houngbo accueillait les Hounvè.

Cette répartition disait la géographie spirituelle de Porto-Novo, ville où les cultes se sont superposés au fil des siècles sans jamais s’annuler, et où chaque quartier garde la mémoire d’une lignée, d’un pacte, d’une obligation. Le festival n’a pas inventé ces lieux. Il les a rendus lisibles, le temps d’un week-end, à ceux qui n’y avaient jamais mis les pieds.

Place Dangbé Klunon Honto, le programme jouait la carte de l’ouverture. Masques chinois le matin et en fin d’après-midi, masques d’Afrique de l’Ouest entre les deux. Des troupes venues de Côte d’Ivoire, avec le Zaouli et sa danse virtuose, du Nigeria, du Togo et du Niger ont croisé des délégations chinoises. En trois éditions, Porto-Novo est ainsi devenue l’un des rares lieux au monde où les grandes traditions masquées se rencontrent physiquement, échangent leurs gestes et confrontent leurs esthétiques.

Le metteur en scène Nicolas Houénou de Dravo, présent au cœur des échanges, insiste sur la réciprocité du processus. « Ce qui se fait ici, ça se fait ailleurs. Et lorsqu’on va mettre tout ça ensemble, comme la culture réunit les hommes, c’est extraordinaire. Ils sont venus apprendre. Nous avons appris d’eux. Et c’est comme ça que le brassage culturel va se positionner et ça va avancer. »

Le savoir au même rang que le spectacle

En parallèle des places, l’École du Patrimoine Africain a accueilli un colloque scientifique international sur le thème « Masques, Vodun : héritage et modernité ». Chercheurs, anthropologues, historiens, artistes et responsables culturels y ont interrogé le masque au croisement du sacré, de l’esthétique, du social et du politique. Peu de festivals sur le continent adossent ainsi leur programmation festive à un appareil scientifique de ce niveau.

L’historien Dieudonné Gnammankou, qui a animé les travaux, rappelle ce que le spectacle laisse forcément dans l’ombre. « C’est tout un monde qui se cache derrière ces masques. Il y a des esprits, il y a une énergie invisible », explique-t-il. « On sait que ce sont des humains qui les portent, mais derrière ces humains-là, il y a des divinités, il y a des esprits. La portée, justement, de ce festival, c’est une invitation à la redécouverte de nous-mêmes, qu’on cesse d’avoir peur de nos traditions. »

La phrase vise une gêne héritée de plus d’un siècle de discours missionnaire et colonial, qui avait rangé le Vodun du côté de l’archaïsme. Le Bénin a fait le choix inverse. Il assume ce patrimoine, le documente, le met en scène et le partage. Le colloque a donné aux savoirs endogènes et aux traditions orales le même statut qu’aux travaux académiques, avec une attention particulière portée aux jeunes chercheurs et aux étudiants.

C’est peut-être au village des festivités, sur le boulevard lagunaire, que la démonstration a été la plus convaincante. De dix heures du matin à dix-neuf heures trente, l’espace n’a pas désempli. Ateliers de coloriage et de maquillage pour les enfants, fabrication de masques, démonstrations de sculpture sur bois, confection de parures en perles, initiation aux rythmes traditionnels : la transmission s’y jouait à hauteur de main, loin des estrades.

Toutes les heures ou presque, une animation live venait rythmer la journée, avec Kaléta, Adé-Oba ou Python. Ces masques profanes, plus accessibles et plus joueurs, ont servi de porte d’entrée à un public qui n’aurait pas forcément osé s’approcher d’une sortie d’Egungun.

« Le Festival des Masques, non seulement ça apporte une approche différente de la culture béninoise, de la culture de l’Afrique de l’Ouest, c’est très enrichissant », témoigne Bernice Dona Houssou, venue de Cotonou. « C’est vraiment hors du commun et ça complète vraiment l’approche qu’ils ont apportée avec les Vodun Days qu’on a au mois de janvier. »

Une stratégie culturelle qui se lit sur l’année entière

La remarque touche juste. Le Bénin a construit, saison après saison, un calendrier culturel cohérent. Les Vodun Days de Ouidah en janvier, le Festival des Masques de Porto-Novo en juillet, le retour des trésors royaux d’Abomey en 2021, l’investissement dans les musées et dans l’École du Patrimoine Africain, la marque pays et la dématérialisation du visa d’entrée : autant de pièces d’un même dispositif, qui fait du patrimoine un moteur d’attractivité et de fierté nationale.

Porto-Novo occupe une place singulière dans cet ensemble. Capitale politique du pays, elle possède un capital patrimonial dense, entre architecture afro-brésilienne, places rituelles vivantes, institutions de formation et mémoire urbaine. Le festival lui donne le rôle qui lui revient, celui de capitale des patrimoines vivants.

« Porto-Novo a des potentiels touristiques et à travers ce festival, nous voulons faire un carrefour des masques de l’Afrique et l’étendre au monde entier », déclare Rachadou Toukourou, maire de la ville. L’objectif est assumé : installer Porto-Novo comme la référence continentale en matière d’arts masqués.

En trois éditions, le festival a construit son public. Les organisateurs font état, pour 2025, de plusieurs dizaines de milliers de festivaliers, d’une présence internationale renforcée et d’une mobilisation soutenue des acteurs culturels. L’édition 2026, avec l’élargissement du plateau international et la montée en puissance du volet scientifique, confirme la trajectoire.

La soirée du dimanche, sur le boulevard lagunaire, a montré l’autre visage du pays. À partir de dix-neuf heures, Vano Baby, X-Time & Ghixnzaty, Affirst King, Madano et Crisbador Z-B ont réuni la jeune scène urbaine béninoise, avant de laisser place à une animation DJ jusque tard dans la nuit. Après deux jours passés du côté des ancêtres, la ville s’est offert quelques heures résolument tournées vers le présent. Les deux temps ne se contredisent pas. Ils sont la même énergie.

L’édition 2026 est close et la date de la prochaine sera annoncée prochainement. À voir la foule quitter le boulevard lagunaire dans la nuit de dimanche, une chose est certaine : le Bénin n’a pas fini de montrer au monde ce que signifie tenir debout ensemble.

À propos du Festival des Masques

Le Festival des Masques est un événement culturel annuel organisé à Porto-Novo pour célébrer la richesse, la diversité et la portée symbolique des traditions du masque au Bénin. À travers une programmation mêlant processions, performances, concerts, animations, artisanat, gastronomie et temps de réflexion scientifique, il met en valeur un patrimoine vivant tout en contribuant au rayonnement culturel et touristique de la capitale béninoise. L’événement est porté par Bénin Tourisme, en partenariat avec la Ville de Porto-Novo. Il est gratuit et ouvert à tous.

À propos de African Meridian

John GBENAGNON est le fondateur d’African Meridian. De nationalité béninoise, il est un professionnel panafricain fort de plus de douze années d’expérience dans les domaines des droits humains, de la gouvernance et du plaidoyer international en Afrique subsaharienne.

Fondé en 2022, African Meridian est publié par Sohoutou Media.

La conviction que les institutions africaines, sa jeunesse et son récit méritent d’être représentés selon leurs propres termes est à l’origine de la création du média. La vision qui le porte tient en une phrase : un journalisme panafricain libre et accessible, que tout lecteur, où qu’il se trouve sur le continent, puisse consulter sans qu’un mur payant ne s’interpose.

Toute question adressée au fondateur ou à la rédaction d’African Meridian peut être envoyée à media@africanmeridian.com.

TAMN

The African Meridian Newsroom

Reporting by the newsroom of The African Meridian, an independent Pan-African news publication.

En savoir plus sur The African Meridian

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture