Zôkpa-Gôlo : Dassioko prépare la grande pirogue de la génération
Dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire, le petit village de Dassioko s’apprête à vivre l’un des temps forts de son calendrier culturel. Du mardi 11 au dimanche 16 août, la sous-préfecture de Fresco, dans la région du Gbôklè, accueillera la cinquième édition du festival Zôkpa-Gôlo International, un événement dédié à la préservation et à la transmission du patrimoine du peuple Lôglagnoan.
Le lancement officiel des activités s’est tenu le samedi 25 juillet, à l’école primaire publique BAD de Yopougon Nouveau Quartier, à Abidjan. Une conférence de presse qui a réuni autorités administratives, chefs coutumiers, membres de la diaspora et acteurs culturels, tous mobilisés autour d’un même objectif : faire vivre et rayonner l’identité Lôglagnoan bien au-delà des frontières du village.
« Zôkpa-Gôlo » signifie littéralement « la pirogue de la génération », une image forte qui résume l’esprit du festival. Son commissaire général et concepteur, Beugré Niakrou Rêve, a rappelé que le peuple Lôglagnoan est structuré autour du droit d’aînesse, un principe qu’il présente comme le garant de l’équilibre au sein de la cellule familiale, mais aussi à l’échelle de la société tout entière. « Nous sommes engagés pour la promotion de tout ce qui est en voie de disparition au plan local, nos langues, nos chansons, nos danses », a-t-il insisté devant les autorités présentes.
Fait notable, cette communauté est organisée en dix-sept générations, chacune séparée de la suivante par un intervalle de trois ans, un système qui structure encore aujourd’hui la vie sociale du village. Cette cinquième édition sera d’ailleurs placée sous le parrainage de Philippe Légré, ministre-gouverneur du district autonome du Bas-Sassandra et fils de la région, aux côtés de la présidente du comité d’organisation, Marie Chantal Bello.
Selon les organisateurs, environ 35 000 festivaliers sont attendus à Dassioko pour cette édition, un chiffre qui témoigne de l’ampleur prise par cet événement au fil des ans, initialement pensé comme un rassemblement de proximité. Le programme s’articulera en deux temps forts. La première phase, consacrée aux festivités proprement dites, débutera le 14 août avec le réveil du tambour parleur, tôt le matin, suivi d’une libation traditionnelle et d’une opération de salubrité baptisée « coup de balai », avant de laisser place aux prestations d’artistes de la région.
Le samedi 15 août sera marqué par le grand défilé de toutes les générations, moment central du festival où chaque classe d’âge présente ses couleurs et ses traditions devant l’ensemble de la communauté. La clôture, prévue le dimanche, donnera lieu à plusieurs concours, dont un concours culinaire mettant à l’honneur les mets que confectionnaient les mères et grand-mères du village, ainsi que des concours de danses traditionnelles. Cette année, le thème culturel central portera sur la dot chez les Lôglagnoan, une coutume que les organisateurs souhaitent documenter et faire découvrir aux plus jeunes générations.
Comme innovation majeure de cette cinquième édition, les organisateurs ont également annoncé une opération de ravalement des trois premières classes de l’établissement scolaire construit par les parents du village, une manière de conjuguer célébration culturelle et investissement concret dans l’éducation locale.
Le Zôkpa-Gôlo International bénéficie du soutien du ministère de la Culture et de la Francophonie, un appui institutionnel qui traduit la reconnaissance croissante accordée à ce type d’initiatives portées par les communautés locales. Reste que l’organisation du festival demeure avant tout une affaire d’autofinancement communautaire. « Nous fonctionnons sur fonds propres. Nous nous cotisons pour organiser cette activité et ce n’est pas facile », a confié Marie Chantal Bello, lançant un appel aux partenaires afin qu’ils accompagnent durablement la valorisation de la culture Lôglagnoan.
Au-delà de son ancrage local, le Zôkpa-Gôlo s’inscrit dans une dynamique plus large de valorisation du patrimoine culturel dans la région du Gbôklè, aux côtés d’autres rassemblements similaires comme le Zôkpa de Fresco ville ou l’Adjahin de Godê-Goviadou. Ensemble, ces festivals contribuent à renforcer la cohésion sociale et à transmettre aux nouvelles générations des pans entiers d’une histoire et d’une identité que leurs organisateurs jugent aujourd’hui menacées de disparition. Rendez-vous est donc pris à Dassioko, du 11 au 16 août, pour une nouvelle traversée de la pirogue de la génération.